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Mon parfum

Mon parfum
Édito 126
Delphine HENRIET
Delphine HENRIET

Signe d'unicité à travers les siècles

15 Octobre 2013
La mémoire olfactive est la plus fine, la plus fiable, la plus tenace aussi. Il vous suffit d’imaginer un lieu cher ou détesté pour que son odeur vous revienne ou vous monte au nez. Si vous replongez quelques années en arrière, vous êtes encore imprégné des effluves gourmands et sucrés de votre gâteau préféré, préparé par votre grand-mère, votre maman… Son parfum a un goût d’enfance.

Et c’est justement au parfum que je m’intéresse aujourd’hui…

Je suis allée récemment au Château de Versailles, emmenée par un ami, pour une visite guidée sur le thème « Parfum, coiffure et maquillage à la Cour ».

Sans refaire l’histoire, le parfum a fait son entrée en France sous le règne de Louis XIII et l’influence de Catherine de Médicis, à l’heure des premières distillations. Les fragrances étaient très animales, mêlant musc, ambre, civette mais aussi végérales : iris, violette, benjoin… C’est Anne d’Autriche qui l’a fait entrer en « odeur de sainteté », expression née à cette époque alors que le parfum était associé à la magie, aux idoles… La Reine possédait plus de 350 paires de gants parfumés, et Mazarin disait d’elle « qu’avec des parfums et des parures, on pouvait la mener en enfer ». Sous Louis XIV, le parfum devient un must. Au-delà de la frivolité, il est une identité que l’on définit, une présence que l’on perpétue… Chacun « y allait » de sa fragrance jusqu’à ce que le roi, lui-même, en soit totalement indisposé, souffre d’atroces migraines et en interdise l'usage. Madame de Palatine, épouse de Monsieur, frère du roi, continua d’en porter malgré le veto royal tout en assurant qu’elle obéissait à la consigne…

Après cet aparté historique, force est de constater qu’aujourd’hui encore le parfum demeure la signature, l’empreinte de celle ou de celui qui le porte. Nous l’aimerions unique… comme nous. Et de plus en plus de boutiques le proposent en création sur mesure ou sont les vitrines de fragrances rares, comme Parfum sur Mesure, Nose, Penhaligon’s (parfumeur de la reine d’Angleterre) à Paris… et bien d’autres encore.

Dans le même « sillage », le parfum nous mène par le bout du nez dans notre sac à émotions. Celui d’une personne chère nous emplira de tristesse, de désir, de souvenirs…

Autre exemple illustrant sa toute puissance, en changer est un signe fort, annonciateur d’une prise de conscience, d’un affranchissement… A l’inverse, en changer trop souvent traduit un esprit volatile (comme un parfum). Quant au fait de l’adapter en fonction des circonstances, c’est en faire un allié de sa personnalité mise à l’épreuve. Enfin, le même parfum porté par deux personnes différentes n’aura pas les mêmes effluves, la même note finale, et pourra même détonner. C’est le ph de la peau qui crée la belle alchimie ou son contraire, l’idéal étant de ne faire qu’un avec son parfum, de le porter comme une seconde peau.

Dès lors, inutile de dire qu’offrir un parfum à quelqu’un est une initiative ô combien périlleuse. Moralité, faisons comme à la Cour, concoctons nos mélanges ou partons à la découverte du parfum qui mêlera son odeur à nos humeurs…

Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel édito…